« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Luttons pour la beauté de l’âme humaine !

par Helga Zepp-LaRouche

5 mars 2026

Cet article a été écrit pour le rapport spécial de l’EIR à paraître sur la chute de la classe Epstein, sous le titre « L’empire est nu ».

L’effroyable niveau de dépravation des clients du pédophile condamné Jeffrey Epstein provoque une onde de choc mondiale. On prend conscience que cette forme d’esclavage moderne ne concerne pas seulement un très grand nombre de millionnaires et de milliardaires, qui aspirent à devenir des trillionaires, mais que des pans entiers du pouvoir — les plus hautes sphères du cercle restreint — ont toléré, voire cautionné, cet esclavage moderne à grande échelle.

On se rend compte aujourd’hui que ce n’est pas seulement le nombre extraordinairement élevé de ces milliardaires, mais aussi les instances de pratiquement tous les gouvernements de l’Occident qui ont couvert ces crimes en n’engageant absolument aucune enquête pendant des décennies.

Il est essentiel de comprendre qu’une même mentalité a guidé les auteurs des abus sexuels commis sur d’innombrables jeunes femmes, filles et enfants ainsi que les pratiques économiques prédatrices des institutions financières internationales à l’encontre des pays en développement et des populations les plus pauvres ; et elle est responsable des profits sans scrupules réalisés au sein du complexe militaro-industriel, où le profit engendre la guerre et la mort de millions de personnes. En réalité, ce sont souvent les mêmes individus, multitâches, qui tirent les ficelles dans différents domaines.

Si l’on se demande pourquoi le monde est actuellement dans un état aussi terrible, avec des génocides perpétrés ouvertement, des systèmes de santé détruits et un mépris total pour la vie et les valeurs humaines, il faut se rendre à l’évidence : tout cela découle de la même mentalité que celle de ces milliardaires qui aspirent à devenir des trillionnaires.

Face à de telles atrocités inimaginables, deux réactions sont possibles. Soit on se laisse gagner par le désespoir et l’on finit par se résigner à une société déshumanisée, soit on se dit « ça suffit ! il y a des limites à la tyrannie ! » [1] et on décide d’œuvrer pour une renaissance mondiale.

L’auteur de cet article a formulé dix principes pour une nouvelle architecture internationale de sécurité et de développement, qui doivent prendre en compte les intérêts de chaque pays de la planète, non pas comme une formulation définitive, mais comme matière à réflexion sur la manière de créer une telle architecture.

Dixième principe :

« l’hypothèse de base du nouveau paradigme est que l’homme est fondamentalement bon et capable de perfectionner à l’infini la créativité de son esprit et la beauté de son âme, et qu’il est la force géologique la plus avancée de l’univers, ce qui prouve que la légitimité de l’esprit et celle de l’univers physique sont en correspondance et en cohésion, et que tout mal est le résultat d’un manque de développement et peut donc être surmonté. »

Un nouvel ordre économique mondial est en train d’émerger, impliquant la grande majorité des pays du Sud. Les nations européennes et les États-Unis ne doivent pas s’opposer à ce mouvement, mais, en s’alliant aux pays en développement, coopérer pour façonner la prochaine ère de l’humanité et en faire une renaissance des expressions les plus nobles et les plus abouties de la créativité !

Créons donc un mouvement international de citoyens du monde, œuvrant ensemble à façonner la prochaine étape de l’évolution de l’humanité, une nouvelle ère ! Citoyens de tous les pays du monde, unissez-vous !

L’idée que l’homme soit bon par nature s’est révélée très controversée et est contestée par de nombreuses personnes. Pourtant, l’homme est naturellement doté du libre arbitre et peut, dans une certaine mesure, choisir de devenir un être humain qui se perfectionne ou, à l’inverse, opter consciemment pour le mal. Je pense que seule une infime minorité choisit délibérément d’être mauvaise et d’agir de manière diabolique. La grande majorité des gens sont bons, si on leur en laisse la possibilité, mais ils sont tellement accablés par le poids de leur vie quotidienne qu’ils n’ont ni le temps ni les ressources nécessaires pour développer pleinement leur potentiel.

Le moment est pourtant venu, face au système d’esclavage moderne imposé par la classe d’Epstein, de nous rappeler les idées exprimées dans le « Guillaume Tell » de Friedrich Schiller :

« Non, le pouvoir du tyran a ses limites ! Quand l’opprimé ne trouve pas justice, quand le fardeau devient insupportable, il s’en prend courageusement au Ciel et y fait descendre ses droits éternels, qui lui appartiennent en propre, inaliénables comme les étoiles. L’état de nature originel réapparaît, où l’homme se confronte à son semblable ; et si tous les autres moyens échouent, il lui reste un dernier recours : sa propre épée. Nous pouvons défendre ce que nous avons de plus cher contre la violence. Nous nous dressons devant notre patrie, devant nos femmes, devant nos enfants ! »

On retrouve exactement la même idée dans la Déclaration d’indépendance américaine [2]

« Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes : que tous les hommes sont créés égaux ; qu’ils sont dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables ; que parmi ces droits figurent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. — Que pour garantir ces droits, des gouvernements sont institués parmi les hommes, et que leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. — Que si une forme de gouvernement quelconque devient destructrice de ces fins, le peuple a le droit de la modifier ou de l’abolir, et d’instituer un nouveau gouvernement, en fondant son organisation sur les principes et en organisant ses pouvoirs de la manière qui lui semblera la plus apte à assurer sa sécurité et son bonheur. »

Pour combattre cette forme d’oligarchie, il nous faut une nouvelle renaissance des meilleures traditions de toutes les cultures et civilisations. La clef réside dans le concept d’éducation esthétique développé par Friedrich Schiller. Cette idée lui vint après avoir constaté comment la Révolution française – entreprise initialement porteuse d’espoir, qui laissait entrevoir à tous les milieux républicains européens la possibilité de reproduire l’exemple de la Révolution américaine – fut anéantie par la Terreur jacobine. En réaction à cette expérience, Schiller écrivit ses « Lettres esthétiques », déclarant : « Un grand moment a trouvé un petit peuple. » Objectivement, les conditions morales étaient réunies, mais subjectivement, le peuple manquait de largesse d’esprit. Il développa l’éducation esthétique comme méthode d’élévation morale, afin d’éviter qu’un tel échec ne se reproduise.

Dans ces lettres, il pose la question suivante : d’où viendra le changement lorsque les gouvernements sont corrompus et dépravés et que la majorité du peuple est trop faible et trop accablée pour l’initier ? Schiller répond à ce dilemme en affirmant que le changement ne peut venir que de la beauté et de l’art classique, qui élèvent l’être humain dans ses temps libres. En s’exposant sans cesse aux idéaux les plus élevés de l’humanité, tel qu’ils s’expriment dans les compositions classiques de Bach ou de Beethoven ; à la beauté et aux conceptions sublimes des drames de Shakespeare et de Schiller ; à la tendresse lyrique de la poésie de Shelley et de Heine ; à la profonde conscience de soi qui se dégage des peintures de Rembrandt ou à l’esprit exaltant des grandes cathédrales, l’homme devient meilleur, à condition d’accepter la vigueur créatrice exprimée dans ces œuvres comme une boussole pour sa quête de perfectionnement. Avant tout, ce dont nous avons besoin, c’est du sentiment d’agapè, d’amour désintéressé pour l’humanité, à la fois comme étoile polaire pour toute notre vie et comme direction concrète dans notre attitude envers nos semblables.

Schiller a élaboré la conception la plus noble de l’homme parmi tous les poètes et philosophes, en définissant l’idée que chaque être humain a le potentiel de devenir une belle âme, une personne pour qui liberté et nécessité, passion et devoir ne font qu’un, et qui a éduqué ses émotions au point de pouvoir leur faire une confiance aveugle, car elles ne le guideront jamais à agir autrement que selon la raison. Seul le génie remplit cette condition, car seul le génie transforme les lois de manière légitime en créant de nouveaux degrés de liberté et de nouvelles conceptions dans les sciences et les arts.

Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’une renaissance des plus belles traditions de toutes les cultures et civilisations. Elles doivent s’engager dans un dialogue des civilisations où, en découvrant la beauté et les merveilles de la poésie, de la musique, de la peinture et de toutes les autres formes d’art des autres civilisations – en découvrant de nouvelles dimensions de l’architecture de notre univers –, elles s’inspireront mutuellement et ce dialogue créera quelque chose d’encore plus beau que toutes les cultures et civilisations existantes.

Nous publions ce rapport afin de révéler à la population l’unité absolue de la mentalité qui motive les crimes privés, les pratiques commerciales criminelles et la politique de guerre. Mais nous ne pourrons vaincre cela qu’en projetant la vision inspirante de ce que les peuples peuvent accomplir lorsqu’ils sont unis dans l’effort de préserver la dignité humaine.

Si nous nous unissons autour de ce concept en un mouvement international de citoyens du monde, dans quelques années, nous pourrons considérer le spectacle obscène de la classe Epstein comme la dernière phase du système oligarchique, le dernier chapitre honteux d’une époque où l’humanité n’avait pas encore atteint son plein potentiel. Nous aurons démontré comment une telle dépravation peut être surmontée par le développement.

Alors, rejoignez notre mouvement de citoyens du monde et, avec joie et détermination, créons ensemble une nouvelle ère plus belle pour l’humanité, digne de ce que l’espèce humaine est réellement : la seule espèce créatrice connue à ce jour dans l’univers.


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Notes

[1référence au Serment du Grütli dans la pièce Guillaume Tell de Friedrich Schiller

[2Texte fondateur rédigé en 1776 au moment de la Révolution américaine dans lequel les treize colonies (futurs Etats-Unis d’Amérique) déclarent leur indépendance de l’Empire britannique.

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