« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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L’urgence d’une nouvelle architecture de sécurité et de développement

L’Institut Schiller a organisé une conférence internationale à Berlin les 30 et 31 mai. Dans un contexte de dangers multiples et de déliquescence, cette conférence a été qualifiée d’« inspirante » par les participants venus de nombreux pays. Durant ces deux jours, des intervenants de 15 pays, experts en relations internationales, en économie, en sciences et en arts, sont intervenus lors de trois sessions. Le concert clôturant la permière journée en proposant un dialogue des cultutes au travers de la musique, de la poésie et la danse a renoué avec une approche, celle de la culture dite « classique » [1] où la dimension de l’émotion ne s’oppose pas avec l’intelligibilité de l’oeuvre.

Quelques 150 participants, venus de toute l’Europe, ainsi que des étudiants d’Afrique et d’autres continents, étaient présents.

La première session a été ouverte par Helga Zepp-LaRouche, présidente de l’Institut Schiller international et rédactrice en chef de l’EIR (Executive Intelligence Review) . Des intervenants de Chine, d’Italie, des États-Unis, d’Inde et d’Allemagne ont ensuite pris la parole. Le mot d’ordre de Mme Zepp-LaRouche « Nous ne laisserons pas la civilisation européenne sombrer ! » a donné le ton à la passion et à l’engagement qui se sont manifestés dans les interventions suivantes de chacun des orateurs. Plusieurs ont salué le rôle de ce forum, source d’idées essentielles.

« Nous vivons actuellement une crise des missiles de Cuba inversée », a déclaré Zepp-LaRouche en préambule, soulignant que nous sommes au bord d’une guerre mondiale, conséquence de la guerre par procuration menée par l’OTAN contre la Russie via l’Ukraine. Elle a retracé l’histoire qui a conduit à cette crise, notamment le rapprochement de l’OTAN vers l’Est ces dernières années, malgré son engagement de ne pas le faire. Nous sommes désormais dans une situation de crise où la Coalition européenne des volontaires entrave tous les efforts de paix émanant de la Russie, voire des États-Unis. Parallèlement, d’autres confrontations persistent. Elle a notamment évoqué le conflit politique entre les États-Unis et la Chine. L’ordre unipolaire, a-t-elle affirmé, implique par définition de faire la guerre et d’entretenir des ennemis. Elle a conclu par un appel : les États-Unis et l’Europe doivent se reconnecter à leurs valeurs fondamentales.

Les autres présentations de cette première session, résumés ci-dessous ont donné le ton de l’ensemble de la conférnce que nous vous invitons à retrouver dans son intégralité ci-dessous.

Zhang Weiwei, directeur de l’Institut de Chine à l’Université Fudan et commentateur de renom en Chine, a défendu le principe selon lequel l’inclusion de toutes les nations est une condition préalable à un avenir partagé pour le monde. Sous le thème « Construire un ordre mondial multipolaire profitable », il a abordé le concept de « gagnant-gagnant » pour améliorer la gouvernance mondiale, en s’appuyant sur l’exemple concret de la coopération entre la Chine et les pays de l’ASEAN. Cette approche requiert coopération et neutralité. Fidèle à l’esprit de dialogue de la conférence, il a souligné que « pour qu’une ère de transformation advienne, il faut des idées transformatrices ».

Pino Arlacchi, professeur italien et ancien secrétaire général adjoint de l’ONU, a souligné le rôle essentiel des Nations Unies, affirmant que l’organisation doit être modernisée pour refléter la réalité et les intérêts de la majorité mondiale. Son intervention portait sur la question suivante : « Sommes-nous certains que la crise économique à venir sera mondiale ? »

Chas Freeman, universitaire américain et ancien ambassadeur des États-Unis en Arabie saoudite, a présenté une intervention éloquente par vidéo, critiquant sévèrement son pays sous le thème général « Naissance, mort et renaissance potentielle de l’ordre mondial ». Il a affirmé sans ambages que lorsque les choses tournent mal, les nations se transforment en « monstres ». Il a analysé les États-Unis sous cet angle. Au cours des 500 dernières années de la civilisation européenne, malgré des moments positifs tels que l’héritage de la paix de Westphalie (1648), on observe une régression. Actuellement, les États-Unis sont isolés et prisonniers de la philosophie selon laquelle « la force prime le droit ». La solution ? Il faut des idées pertinentes, et ces idées doivent se traduire en actions. Freeman a soulevé de telles idées, notamment la nécessité de limiter le pouvoir financier. Il a explicitement déclaré que le forum de ce week-end pouvait apporter les idées nécessaires.

Sanjay Tripathi, ancien haut fonctionnaire des ministères indiens, a également abordé des points clés des relations étrangères, sous le thème « L’urgence d’une nouvelle sécurité mondiale ».

Wolfgang Bittner, universitaire et auteur allemand, a explicitement soutenu l’appel de Zepp-LaRouche en faveur d’une « nouvelle architecture de sécurité » et a longuement abordé la question du statut de l’Allemagne sous le thème « Souveraineté, neutralité et culture ». L’Allemagne n’est pas souveraine actuellement, a affirmé le Dr Bittner. Il a confié que, face à la situation difficile que traverse actuellement le pays, les échanges qui ont lieu au forum de l’Institut Schiller lui apportent un certain espoir.

En essence, la conférence a exploré la crise terminale de l’ordre mondial actuel, tel que reflété par l’effondrement des principes de paix, de coopération et de droit international, sous l’impulsion d’un Occident en déclin (notamment les États-Unis) privilégiant la force brute, les conflits et l’hégémonie. Plus que jamais deux modèles s’opposent :

Un monde occidental synonyme d’échec :

◦ Guerres et divisions (l’Ukraine et le Moyen-Orient fonctionnant comme le front principal d’une série de conflits interreliés) alimentées par une logique de domination (OTAN, sanctions, ingérences).
◦ Désintégration des valeurs : mépris du droit international, manipulation médiatique, et nihilisme (transhumanisme, mensonge érigé en stratégie).
◦ Conséquences : inflation, insécurité énergétique, stagnation économique, et risque nucléaire notamment avec le risque d’escalade entre la Russie et OTAN, l’Iran et Israël, voire la Chine etTaïwan.

L’alternative représentée par les BRICS et le Sud global :

◦ Modèle gagnant-gagnant porté par la Chine et l’ASEAN et reposant sur le développement économique, la neutralité stratégique et le dialogue civilisationnel (sagesse asiatique, coexistence pacifique=.
◦ BRICS et multipolarité : un nouvel ordre fondé sur la coopération, l’économie réelle (vs. capitalisme financier), et le respect mutuel (ex. : initiatives de Xi Jinping pour la paix, la sécurité et le développement).
◦ Exemples concrets : l’Iran, malgré les clichés, incarne une culture d’hospitalité, de tolérance et de spiritualité, loin de l’arrogance occidentale.

Les solutions sont là et peuvent être mises en application pourvu qu’il y ait la volonté pour cela :

• Une architecture de sécurité et de développement
• Réforme de l’ONU : abolir le droit de veto, renforcer l’Assemblée générale pour refléter la majorité mondiale (Grand Sud).
• Retour à la vérité et à la diplomatie avec l’exemple de dirigeants courageux (Pedro Sánchez, Francesca Albanese) qui brisent le silence, mais aussi en allant puiser dans ce que la poésie nous enseigne, par exemple avec des figures telles que Shéhérazade (puissance des récits) ou Cassandre (avertissements ignorés)
• Urgence d’un changement de paradigme : passer de la logique de pouvoir (division, guerre) à une logique de puissance (coopération, addition des forces), comme le propose la Communauté de destin pour l’Humanité.

Le monde est à un carrefour : soit il sombre dans le chaos et l’autodestruction, soit il embrasse un nouvel ordre multipolaire, pacifique et coopératif, porté par les valeurs du Sud global et une réforme des institutions internationales.

Comme l’a rappelé Helga Zepp-LaRouche, nous devons agir ensemble en partant du principe qu’il nous faut changer les autres et nous-mêmes, c’est-à-dire transformer une culture de pessimisme et de destruction en une culture d’optimisme partagé et de création.


La conférence


Session 1 : L’urgence d’une nouvelle achitecture internationale de sécurité et de développement.

Helga Zepp-LaRouche (Allemagne), fondatrice de l’Institut Schiller :
« Nous ne laisserons pas la civilisation européenne sombrer ! »
Professeur Zhang Wei (Chine), directeur de l’Institut de Chine à l’université Fudan :
« Construire un ordre mondial multipolaire prospère »
Pino Arlacchi (Italie), ancien secrétaire général adjoint de l’ONU :
« Sommes-nous sûrs que la tempête économique à venir sera mondiale ? »
Chas Freeman (États-Unis), ancien ambassadeur des États-Unis en Arabie saoudite :
« La naissance, la mort et la renaissance potentielle de l’ordre mondial »
Sanjay Tripathi (Inde), ancien haut fonctionnaire dans des ministères indiens :
« L’urgence d’une nouvelle sécurité mondiale »
Wolfgang Bittner (Allemagne, auteur : « Souveraineté, neutralité, culture »)


Session 2 : Souveraineté et consentement des gouvernés

Jacques Cheminade (France), ancien candidat à la présidentielle, président de Solidarité et Progrès : « Un nouveau départ pour empêcher l’extinction de l’humanité ».
Jürgen Schoettle (Allemagne), Ingenieur « L’approvisionnement énergétique et la souveraineté sont indissociables »
Patrick Baab (Allemagne), journaliste. auteur de « Coup d’État permanent ». « L’industrie de la censure et le modèle d’exploitation du capitalisme de guerre numérique ».
• Lieutenant-colonel à la retraite Ralph Bosshard (Suisse), ancien conseiller militaire auprès du Secrétaire général de l’OSCE
Jasminka Simić (Serbie), rédactrice en chef, Radio-Télévision Serbie, Belgrade : « La nouvelle forme de coopération entre les pays du Sud, inspirée par la Chine, vue sous l’angle serbe ».
Theodore Postol (États-Unis), professeur émérite de science, technologie et sécurité nationale au Massachusetts Institute of Technology


Session 3 : La fin de 500 ans de colonialisme

Harley Schlanger (États-Unis), 250e anniversaire de la Révolution américaine
SEM Eskindir Yirga Asfaw (Éthiopie), Ambassadeur d’Éthiopie :
« L’Éthiopie – Un pays non colonisé, indépendant et phare, et sa voie vers la prospérité »
S.E. Majid Nili (Iran), ambassadeur de la République islamique d’Iran
Daud Azimi (Afghanistan), membre du conseil exécutif du Front national de la paix
Afghanistan (PNF)
• Groupe de jeunes d’Ouganda, Winnie Doru, Emmanuel Munghatihe, Timothy Ninsiima et Robert Luwugge, « Mettre fin à 500 ans de colonialisme : le point de vue des pays du Sud ».


[1A ne pas confondre avec les canons dits classiques, à la Louis XIV